39-45 garder la mémoire et transmettre

Alice Gentil-Crost des Hays

Alice GENTY, née CROST (1921-2015)

Résistante jurassienne – Déportée – Survivante des camps nazis

 

Alice Francine Irma Crost naît le 14 septembre 1921 aux Haÿs. Elle grandit aux Essards, où ses parents, Jules Crost et Berthe Joliot, tiennent un commerce de village. Après ses études à Chaussin et à Lons-le-Saunier, elle devient institutrice suppléante en 1940.

Dès les premières années de l’Occupation, la famille Crost aide des réfugiés, des Juifs, des évadés et des clandestins. En novembre 1942, Alice rejoint le réseau Jean-Marie Buckmaster, au sein du sous-réseau « Grand-Père ». Agent de liaison, elle participe à l’hébergement de résistants, au ravitaillement des maquisards et à la transmission de renseignements entre les groupes de la Bresse et du Jura.

Au printemps 1944, elle reçoit une mission particulièrement dangereuse : transmettre au maquis l’ordre de saboter un train transportant des prisonniers destinés à la déportation. Le train déraille dans le secteur de Pleure, mais les détenus ne peuvent être libérés.

Menacée d’arrestation, Alice se réfugie quelque temps à Lyon. Inquiète pour sa famille, elle revient dans le Jura. Le 4 avril 1944, elle est arrêtée à la gare de Pleure, extraite de son compartiment par des soldats allemands armés, puis conduite à Chaussin et incarcérée à la caserne Bouffez de Lons-le-Saunier. Malgré les interrogatoires, les menaces et les violences, elle refuse de livrer ses camarades.

Transférée au fort de Romainville, elle est déportée en mai 1944 à Ravensbrück, où elle reçoit le matricule 38 820. Elle se souviendra de l’arrivée au camp comme de « la nuit la plus difficile de ma vie ».

Elle est ensuite envoyée au kommando de Zwodau, dépendant de Flossenbürg, où elle travaille notamment dans une usine Siemens puis dans un lavoir réservé au linge des SS. Elle endure la faim, le froid, les maladies et le travail forcé jusqu’à la libération du camp au printemps 1945.

Son retour en France est lui aussi une épreuve. À Paris, entourée de personnes qui veulent l’interroger sur ce qu’elle a vécu, elle écrit : « Ma voix s’est éteinte. Il m’est difficile de parler. » De retour aux Essards, elle demeure profondément marquée ; son frère Raymond est mort en déportation et sa mère décède peu après son retour.

Alice se marie en 1957 et fonde une famille. Pendant de nombreuses années, elle témoignera dans les écoles, collèges et lycées afin de transmettre la mémoire de la Résistance et de la déportation. Encore à 93 ans, elle rencontrait des élèves.

Décédée le 14 décembre 2015 à l’âge de 94 ans, Alice Genty-Crost était notamment titulaire de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance.

Elle expliquait elle-même le sens de cette transmission : « C’est une dette de reconnaissance envers tous mes frères et amis qui ont donné leur vie afin que nous soyons libres. »

 




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