Antonin Eugène Jabouille naît le 13 juillet 1897 à Saint-Priest, dans l’Isère. Fils de Blaise Jabouille et d’Anne Léonard, il est incorporé le 18 avril 1918 au 6e régiment d’infanterie coloniale. Il poursuit ensuite une longue carrière militaire dans l’infanterie coloniale, de 1918 à 1936.
Installé ensuite dans le Jura, il épouse Clémentine Nosjean, cultivatrice à La Chaînée-des-Coupis. Le couple a une fille, Marie, née en 1933.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Antonin travaille aux usines Solvay de Tavaux, situées en zone occupée, alors qu’il réside à La Chaînée-des-Coupis, en zone libre. Chaque jour, il effectue le trajet à bicyclette et franchit la ligne de démarcation au pont de Peseux sur le Doubs.
Profitant de ces déplacements réguliers, il transporte clandestinement du courrier d’une zone à l’autre. Ce service permet à des familles et à des proches séparés par la ligne de démarcation de garder un lien. D’après les témoignages recueillis après la guerre, Antonin agit bénévolement, sans rechercher aucun avantage personnel.
Le 15 janvier 1941, lors d’un contrôle allemand au pont de Peseux, il est arrêté pour « correspondance frauduleuse interzone ». Il est d’abord incarcéré à Dole, puis transféré à Besançon et enfin à la maison centrale de Clairvaux, dans l’Aube. Condamné à deux ans de prison par le tribunal de la Feldgendarmerie 560, il est libéré le 22 janvier 1943.
Après la guerre, la gendarmerie recueille plusieurs témoignages sur son activité. Augustin Bataillard, Ernest Guillaumont, Jules Guyon, André Huguenin et d’autres habitants de la région confirment qu’Antonin Jabouille a rendu de nombreux services comme passeur de lettres. Ses anciens compagnons insistent particulièrement sur son courage, sa discrétion et son désintéressement.
André Huguenin, épicier à Chaussin, résume ainsi son engagement : « Jabouille ne ménageait ni ses peines ni son temps pour rendre autant de services qu’il lui en était demandé. »
Antonin Jabouille meurt le 29 février 1952. Deux ans plus tard, il est officiellement reconnu comme interné politique pour la période comprise entre janvier 1941 et janvier 1943 et reçoit, à titre posthume, la carte n° 1316.038.182.
Son parcours rappelle une forme de résistance discrète mais essentielle : celle des hommes qui, au risque de leur liberté, ont maintenu les liens entre les familles séparées par la ligne de démarcation.