Émile Joseph Barbe naît le 2 juin 1900 à Tassenières, dans le Jura. Fils de Marie Joseph Auguste Barbe et de Marie Françoise Joséphine Fougères, il épouse à Tassenières, le 17 avril 1926, Hélène Céleste Albertine Monamy.
Incorporé dans l’armée en octobre 1920 au 12e régiment de Dragons, il entre dans la gendarmerie le 23 mars 1926. Jusqu’en 1940, il sert à la Garde républicaine mobile de Wissembourg. De 1940 à 1944, il rejoint la légion de gendarmerie de Franche-Comté, compagnie de l’Ain, et est affecté à la brigade de Nantua, où il exerce notamment comme adjoint au commandant des brigades.
À partir de 1943, Émile Barbe s’engage dans la Résistance clandestine et sert dans les Forces françaises de l’intérieur de l’Ain, Armée secrète. Avec plusieurs de ses collègues, il protège les réfractaires au STO, ralentit volontairement les recherches et les arrestations, fournit des renseignements et apporte aide et assistance aux maquis de la région.
Les documents indiquent également qu’il favorise les réunions clandestines, les liaisons nocturnes ainsi que l’approvisionnement en armes, munitions et ravitaillement destinés au maquis et à l’Armée secrète. La brigade de Nantua est finalement surnommée par les Allemands « brigade de terroristes ».
Le 10 février 1944, des policiers et militaires allemands, accompagnés de miliciens, investissent la brigade. Six gendarmes sont arrêtés : Jean Maréchal, Jean-Marcel Donet, Émile Barbe, Julien Vernet, Georges Chevalon et Antoine Oviste. Ils sont interrogés sur les maquis et accusés d’avoir favorisé les réfractaires et aidé la Résistance.
Émile Barbe est ensuite dirigé vers Bellegarde, puis Lyon et la prison Montluc, avant d’être transféré à Compiègne. Il quitte Compiègne le 22 mars 1944 dans un convoi à destination de Mauthausen, où il arrive le 25 mars et reçoit le matricule 59 523. Il est ensuite transféré au kommando de Melk, puis à Gusen.
Sa fille a conservé le souvenir des terribles conditions de sa déportation : elle évoquait le transport de lourdes pierres, la montée d’un grand escalier et le travail forcé dans des installations liées à l’industrie d’armement. Ces éléments relèvent du témoignage familial et donnent une mesure concrète des épreuves qu’il a endurées.
Épuisé par les travaux forcés, les privations et les souffrances, Émile Barbe meurt le 30 novembre 1944 à Gusen, à l’âge de 44 ans, après son admission à l’infirmerie du camp. Aucun des six gendarmes arrêtés à Nantua ne revient de déportation.
Son engagement est reconnu après la guerre : mention « Mort pour la France », Médaille militaire, Médaille de la Résistance, Croix de guerre avec étoile d’argent et Légion d’honneur.
Sa mémoire demeure très vivante. En 2024, Émile Barbe est choisi comme parrain de la 50e promotion de l’École de gendarmerie de Dijon, forte de 118 élèves, qui se rend à Nantua pour lui rendre hommage.
Son parcours reste celui d’un gendarme qui, dans les années les plus sombres, choisit de mettre son uniforme, son devoir et sa vie au service de la Résistance