L’église de Pleure est placée sous le patronage de saint Laurent, diacre et martyr, dont la fête est célébrée le 10 août. Son histoire est étroitement liée à celle des villages voisins, car elle fut longtemps l’église commune de Pleure, Sergenon, Chêne-Bernard et la Chaînée-des-Coupis.
Au début du XVe siècle, Pleure dépendait encore de la paroisse de Mouthier-en-Bresse. L’existence d’un curé à Pleure est toutefois attestée en 1472 : Jean de Salins, seigneur du village, fut alors l’exécuteur testamentaire de Jean Masier, curé de Pleure. Après les guerres de 1636, l’ancienne chapelle fut érigée en succursale. Par un décret du 20 juillet 1700, l’archevêque de Besançon lui rattacha notamment Sergenon et le Chalonge. Chêne-Bernard et la Chaînée-des-Coupis étaient également administrés par le curé de Pleure. Les Essards-de-Condé firent partie de la paroisse jusqu’en 1751.
L’augmentation du nombre des fidèles rendit nécessaire l’agrandissement de l’ancienne église. En 1703, le seigneur de Pleure, Nicolas de Folin, accepta qu’une partie de la valeur d’un étang soit utilisée pour agrandir le chœur. Après ces travaux, l’église Saint-Laurent fut solennellement bénie le 5 mai 1711 par Claude-Antoine Berthold, curé de Pleure, en présence de plusieurs prêtres des paroisses voisines.
Cette transformation ne suffit pas. Le corps principal de l’édifice devint rapidement vétuste et la construction d’une nouvelle église fut décidée par une ordonnance de l’intendant de Franche-Comté, datée du 30 juillet 1783. Les plans et devis furent établis le 3 avril 1784. Les travaux furent adjugés le 28 juin 1785 pour 28 988 livres. L’ancienne église fut démolie et la nouvelle reconstruite au même emplacement.
Les dépenses furent réparties entre les communautés de Pleure, Sergenon, Rougeague, Chêne-Bernard, la Chaînée-des-Coupis, le Chalonge et les Essards-de-Condé. Pour payer sa part, la commune de Pleure vendit le quart de réserve du bois d’Ardenne. Les travaux furent ralentis par des difficultés financières, puis par la Révolution. En février 1801, la tour du clocher n’était toujours pas terminée et l’eau s’infiltrait dans les murs et la charpente. La sacristie, commencée en 1786, ne fut achevée qu’après une nouvelle intervention du conseil municipal en 1818.
L’église comprend une nef, deux chapelles, un chœur, une sacristie et un clocher surmonté d’une flèche. Elle occupe l’un des points les plus élevés du village. Une partie de son mobilier provient de l’ancienne église des Bénédictins de Dole. La chaire en bois sculpté, les confessionnaux et les appuis de communion furent achetés en 1791 à la suite de la vente des biens religieux. La chaire du XVIIIe siècle et le maître-autel en bois sculpté du XVIIe siècle furent classés parmi les objets présentant un intérêt historique par un arrêté ministériel du 12 octobre 1906.
L’intérieur comportait également une représentation de saint Laurent. Un document de 1792 prévoyait la réalisation d’une grande peinture montrant le saint en habit de diacre, tenant le gril de son martyre et une palme, avec des pauvres regroupés à ses pieds. La présence de saint Laurent au-dessus du maître-autel rappelle ainsi le patronage ancien de l’église et la place donnée à la charité envers les plus faibles.
L’édifice connut plusieurs réparations. En 1865, des travaux furent entrepris sur la couverture, les murs du clocher, les fenêtres, les vitraux et le beffroi. Le 12 juillet 1889, la foudre frappa la flèche, endommagea la charpente et ébranla le beffroi au point qu’il devint dangereux de sonner les cloches. Une nouvelle croix en fer forgé, haute de 3,50 mètres, et un nouveau coq furent posés. Un beffroi métallique de 976 kilogrammes fut installé en 1890. L’incendie du 6 octobre 1891, qui détruisit trois bâtiments proches de l’église, détériora de nouveau la toiture et la charpente du clocher.
Les cloches ont également une longue histoire. Deux cloches furent refondues et bénies en 1701 sous les noms de Claude-Marie et Claudine-Pierrette. En 1793, la grosse cloche fut enlevée afin que son métal serve à fabriquer des canons. Une nouvelle grosse cloche fut installée en 1837 et la petite refondue en 1842. Devenues fêlées et sonnant faux, elles furent remplacées au XXe siècle par des cloches fabriquées par la maison Paccard d’Annecy. Les Annales indiquent une fonte en 1935, tandis que l’inscription de la grosse cloche mentionne une bénédiction en 1938 : ce point devra donc être vérifié.
Le livre de l’auteur américain, Les Gens de Pleure, apporte un regard différent. Il ne décrit plus seulement le monument, mais l’église en activité, au cours des funérailles d’un habitant. Il évoque les épaisses murailles de pierre, la lumière grise filtrant à travers cinq vitraux, dont trois de composition moderne, ainsi que la grande chaire sculptée, déjà inutilisée. L’abbé Jean-Marie Vincent célèbre l’office depuis le pupitre placé dans le chœur.
Ce récit montre aussi l’organisation sociale du village dans l’église. Le maire Georges Baudet et sa famille occupent les premiers bancs. Henri Baudet et Louis Ventard, chantres depuis plus de quarante ans, constituent une partie essentielle de la chorale. Après l’office, Henri Baudet porte le crucifix en tête du cortège et chante d’une voix de ténor pendant que les habitants accompagnent le défunt jusqu’au cimetière.
L’auteur observe avec une certaine ironie que beaucoup d’hommes laissaient habituellement leurs femmes et leurs enfants assister à la messe pendant qu’ils se retrouvaient au café situé de l’autre côté de la rue. Le son des cloches leur annonçait le moment de finir leur dernier verre et de rejoindre la sortie des fidèles. Mais le jour des funérailles, tous étaient présents.
Ces deux livres se complètent donc parfaitement. Les Annales de Pleure retracent la construction, le financement et les transformations du bâtiment. Les Gens de Pleure montre l’église comme un lieu vivant : un espace de culte, de rassemblement, de hiérarchie sociale, de chant et d’accompagnement des morts. L’église Saint-Laurent n’est ainsi pas seulement le principal monument ancien de Pleure ; elle constitue depuis plusieurs siècles un élément central de la mémoire commune aux quatre villages.