Histoire de PleureOrigine Moyen-Âge, seigneurie et monde moderne

La seigneurie de Pleure

Les seigneuries de Pleure

Au Moyen Âge, Pleure appartient à une seigneurie dépendant elle-même de seigneurs plus puissants. Le fief de Pleure et celui de Saint-Martin relèvent notamment de la seigneurie de Saint-Laurent-la-Roche. Leurs possesseurs doivent rendre hommage et fidélité à leur suzerain. Les sires d’Antigny et de Sainte-Croix, puis les princes de Chalon, figurent parmi les premiers maîtres du territoire.

Pleure possède alors un château. Selon les Annales de Pleure, il aurait été construit sur une élévation artificielle appelée la « forte Motte », entre la Dorme et le Roselet. Il s’agissait probablement d’une maison forte entourée de fossés, d’un talus et d’une palissade. On y pénétrait par une passerelle mobile. L’enceinte comprenait également des logements pour les domestiques, des écuries et des greniers. Ce château servait de résidence au seigneur, mais aussi de refuge aux habitants en cas de danger.

En 1330, Marguerite de Bellevesvre, dame de Sainte-Croix et de Louhans, donne à sa fille Huguette de Sainte-Croix les terres de Pleure, de Saint-Martin-de-Pleure et l’étang de Chêne-Bernard. Huguette apporte ensuite ces domaines en dot à son second mari, Philippe de Vienne, sire de Pymont. Leur fille Jeanne de Vienne en hérite. Tristan de Chalon, époux de Jeanne, transmet en 1373 ces possessions à Hugues de Salins, seigneur de Rans.

Au XVe siècle, Pleure demeure dans la famille de Salins. Jean de Salins reprend le fief entre 1415 et 1422, puis son frère Guillaume de Salins reçoit Pleure et Saint-Martin. Jeanne de Salins, fille de Guillaume, épouse en 1524 Jean Fauquier, seigneur de Commenailles et d’Aumont et grand bailli de Dole. Leur fille Claudine Fauquier apporte ensuite les domaines à Hugues de Villelume, vicomte de Marigny. Une autre Claudine de Villelume épouse en 1588 Guillaume de Bauffremont, marquis de Scey-sur-Saône.

En 1663, les héritiers de la famille de Bauffremont vendent Pleure et Saint-Martin à Luc Maréchal, président de la Chambre des comptes de Dole. Les terres passent ensuite à Nicolas, marquis de Folin. En mars 1737, elles sont mises en adjudication par sa veuve, Françoise-Suzanne Matherot, puis achetées par François-Gaspard de Pauly, seigneur de Saint-Thiébaud. En 1740, celui-ci fait unir Pleure à ses autres terres pour former un marquisat. À sa mort, en 1783, la seigneurie revient à Narcisse de Pauly.

La seigneurie de Pleure dispose autrefois de la haute et de la basse justice. Le seigneur peut nommer un bailli, un châtelain, un greffier et des sergents. Un lieu de punition se trouve devant sa demeure et un signe patibulaire, formé de deux colonnes, est installé du côté du Chalonge pour les exécutions criminelles.

Les habitants doivent payer différents droits : cens en argent, prélèvement sur les récoltes, poules, avoine et journées de corvée. Ils sont également soumis aux banalités. Le seigneur possède notamment le moulin, le pressoir et le four dont l’utilisation est obligatoire et payante. À Pleure, chaque ménage verse vingt sols pour l’usage du four banal, situé dans l’ancienne rue du Four, devenue la rue du Cimetière. Les habitants ne peuvent même pas se réunir pour danser, jouer aux cartes ou aux dés sans l’autorisation du seigneur.

Les bois constituent une autre source de conflits. Les habitants y font pâturer leurs animaux, ramassent le bois et conduisent les porcs à la glandée. Ces droits sont réglementés et parfois contestés par les seigneurs. Un règlement limite, par exemple, à six le nombre de porcs pouvant être introduits dans les bois par chaque foyer.

Aucune charte d’affranchissement propre aux habitants de Pleure n’a été retrouvée. On ignore donc à quelle date ils cessèrent d’être soumis au servage. Les droits féodaux et les privilèges sont abolis pendant la Révolution française, mais certains bois et domaines restent encore entre les mains des héritiers des anciens seigneurs.

Après la famille de Pauly, les biens passent notamment aux familles de Reculot et de Saporta. En 1852, la fille du comte de Saporta, séparée de Jules-César Lebœuf de Valdahon, vend finalement ces propriétés aux habitants de Pleure par l’intermédiaire de Joseph Adline, cordonnier du village. Pour les auteurs des Annales, cette vente marque la disparition définitive des derniers restes de l’ancienne seigneurie de Pleure.

 

D’après les Annales de Pleure :

Date Seigneur ou dame
Avant 1330 Marguerite de Bellevesvre, dame de Sainte-Croix et de Louhans
1330 Huguette de Sainte-Croix, sa fille
Après 1330 Philippe de Vienne, sire de Pymont, second mari d’Huguette
XIVe siècle Jeanne de Vienne, fille de Philippe
XIVe siècle Tristan de Chalon, mari de Jeanne de Vienne
1373 Hugues de Salins, seigneur de Rans
1415–1422 Jean de Salins, fils d’Hugues
Après 1422 Guillaume de Salins, frère de Jean
Début du XVIe siècle Jeanne de Salins, fille de Guillaume
1524 Jean Fauquier, seigneur de Commenailles et d’Aumont, mari de Jeanne
XVIe siècle Claudine Fauquier, leur fille
XVIe siècle Hugues de Villelume, vicomte de Marigny, mari de Claudine
1588 Claudine de Villelume
1588 Guillaume de Bauffremont, mari de Claudine de Villelume
1599 Claude et Charles de Bauffremont
1637 Prince d’Isenghien
1663 Luc Maréchal, président de la Chambre des comptes de Dole
1703 Nicolas, marquis de Folin
1737 Françoise-Suzanne Matherot, veuve du marquis de Folin
1737–1783 François-Gaspard de Pauly, seigneur de Saint-Thiébaud
1783–1789 Narcisse de Pauly, sa fille
1791 Abbé de Pauly, qui renonce à la succession de sa nièce
Après 1791 Familles de Reculot et de Portier, héritières de Narcisse de Pauly
1823 Comte Louis-Auguste de Saporta et son épouse Françoise-Adélaïde-Sophie de Reculot
1842–1852 Pierre-Sophie-Gasparine de Saporta, leur fille, séparée de Jules-César Lebœuf de Valdahon
1852 Vente des propriétés aux habitants de Pleure par l’intermédiaire de Joseph Adline, cordonnier : fin des derniers restes de la seigneurie

Les droits seigneuriaux avaient juridiquement été supprimés pendant la Révolution française. La date de 1852 correspond donc surtout à la vente aux habitants des propriétés encore détenues par les héritiers de l’ancienne seigneurie.




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